À six mois de la présidentielle de 2027, David Lisnard commence à se faire une place dans les sondages. Son parcours et ses idées pourraient en faire l’un des candidats les plus intéressants de la droite. Pourtant, une question demeure : ira-t-il vraiment jusqu’au bout ?

La droite française ne manque pas de prétendants. Entre les anciens ministres d’Emmanuel Macron, les figures des Républicains et les ambitions de chacun, les candidats ne manquent pas. Les idées nouvelles, elles, se font plus rares.
Au milieu de tout cela, David Lisnard mérite selon moi davantage d’attention.
Le maire de Cannes n’est pas le favori des sondages. Mais son parcours, son bilan municipal et ses convictions économiques en font à mes yeux l’un des profils les plus crédibles de la droite française.
Alors pourquoi semble-t-il si attaché à une primaire qui pourrait l’amener à se retirer ?
Un profil au-dessus de la mêlée
David Lisnard possède quelque chose d’assez rare dans le paysage politique actuel : une expérience concrète de l’entreprise, notamment à travers la gestion du commerce familial.
Un détail ? Pas vraiment.
Quand on prétend réformer un pays où les entrepreneurs croulent sous les charges, les normes et les démarches administratives, avoir connu cette réalité autrement qu’à travers des dossiers ministériels constitue un avantage.
Depuis 2014, Lisnard dirige également Cannes. Selon les comptes présentés par la municipalité, la dette communale a diminué d’environ 82 millions d’euros jusqu’en 2025. Cette même année, les taux d’imposition communaux ont été abaissés de 3,6 %.
Bien sûr, Cannes n’est pas une ville ordinaire. Son attractivité touristique et économique lui offre des moyens considérables.
Mais les résultats sont là.
C’est aussi ce qui me pousse à placer Lisnard au-dessus de plusieurs personnalités pourtant bien plus médiatisées.
Gabriel Attal a essentiellement construit sa carrière dans les cabinets ministériels et la politique. Édouard Philippe possède, lui, une véritable expérience professionnelle, notamment chez Areva. Mais tous deux ont occupé Matignon sous Emmanuel Macron.
Difficile ensuite de vouloir incarner une rupture avec un bilan auquel on a directement participé.
Bruno Retailleau, de son côté, s’est surtout imposé dans le débat national sur l’immigration et la sécurité. Des sujets importants, mais qui ne suffisent pas à faire un programme présidentiel. Et son passage au ministère de l’Intérieur sous Macron complique, là aussi, son discours de rupture.
Lisnard propose autre chose.
Une droite libérale qui souhaite réduire les impôts de production, simplifier l’administration et laisser davantage de liberté aux entrepreneurs.
Une ligne que je trouve cohérente, même si une question demeure : comment financer ces baisses d’impôts sans creuser davantage la dette ?
Un bon profil ne fait pas un homme irréprochable
Parce qu’il faut aussi regarder ce qui dérange.
En 2022, David Lisnard soutient Valérie Pécresse et devient l’un des porte-parole de sa campagne. On connaît la suite : 4,78 % des voix au premier tour, un naufrage historique pour la droite traditionnelle.
Il n’en est évidemment pas responsable à lui seul. Mais il a fait partie de l’aventure.
Et puis il y a cet épisode assez lunaire de 2020.
En pleine pandémie, la municipalité de Cannes organise des opérations de désinfection des rues et des plages, notamment à l’aide d’eau oxygénée diluée. Une initiative destinée à rassurer, mais dont l’utilité sanitaire n’était pas démontrée.
Pour quelqu’un qui revendique le bon sens et le pragmatisme, difficile de ne pas sourire devant une telle décision.
Ces épisodes n’effacent pas son bilan. Ils évitent simplement d’en faire un candidat providentiel.
D’autant que Lisnard n’a pas besoin de cela pour devenir intéressant.
Dans un sondage Cluster17 réalisé les 14 et 15 octobre 2026 pour Le Point, il recueille 7 % des intentions de vote, exactement comme Bruno Retailleau, tandis qu’Édouard Philippe atteint 17 %.
Dans une autre enquête OpinionWay, Lisnard se situe derrière Retailleau. Les résultats restent donc modestes et variables selon les scénarios.
Mais une chose apparaît : Retailleau n’a pas le monopole de la droite traditionnelle.
Et Lisnard commence à exister dans un espace politique qui semblait déjà bien encombré.
Deux cartes qu’il aurait tort de négliger
La première, ce sont les parrainages.
Président de l’Association des maires de France depuis 2021, Lisnard connaît les élus locaux et dispose d’un réseau important. En septembre 2026, il affirmait même avoir recueilli 500 promesses de parrainages pour la présidentielle.
Ces soutiens devront être officiellement confirmés, mais il aborde cette étape dans une position enviable.
La seconde carte est plus incertaine. Elle dépend notamment de l’évolution de la situation politique et judiciaire de Marine Le Pen.
Sa condamnation en appel de juillet 2026 lui permet juridiquement d’envisager une candidature, sa période d’inéligibilité ferme ayant déjà été purgée. Mais son pourvoi en cassation et les conséquences de sa condamnation entretiennent encore des incertitudes autour de sa campagne.
Si elle devait finalement renoncer, Jordan Bardella apparaîtrait naturellement comme son successeur.
Mais ce dernier devrait aussi composer avec les controverses qui le concernent.
Les révélations de Mediapart sur des messages antisémites datant de 2013 qui lui sont attribués, et dont il conteste être l’auteur, ont suscité une polémique. Rien ne permet toutefois d’affirmer qu’elles entraîneront un effondrement de son électorat.
Le Rassemblement national conserve une base solide.
Mais tous les électeurs de droite ne sont pas nécessairement acquis au RN, pas plus qu’ils ne souhaitent prolonger le macronisme sous une autre étiquette.
C’est peut-être là que Lisnard peut trouver un espace.
Le sondage Cluster17 d’octobre lui attribue notamment le soutien de 11 % des électeurs ayant voté RN aux européennes de 2024, contre 5 % pour Retailleau, dans la configuration étudiée.
Ce n’est pas la promesse d’un transfert massif de voix. Mais cela montre qu’il peut séduire au-delà de sa famille politique.
Un candidat libéral, expérimenté, qui n’a jamais participé à un gouvernement Macron et qui sait discuter avec plusieurs courants de droite pourrait avoir une carte à jouer.
Encore faudrait-il qu’il décide de la jouer pleinement.
Et s’il préparait déjà son retrait ?
C’est ce qui me laisse le plus perplexe chez David Lisnard.
Il dispose d’un bilan, d’une ligne politique identifiable, d’un réseau d’élus et commence à rivaliser avec Retailleau dans certaines enquêtes.
Pourtant, il réclame toujours une primaire élargie de la droite.
Sur le principe, difficile de lui donner tort. Une droite dispersée entre plusieurs candidatures risque surtout de regarder le second tour à la télévision.
Mais une primaire implique aussi d’accepter de perdre et de se ranger derrière un autre.
Lisnard entretient des relations politiques avec Bruno Retailleau, malgré leurs désaccords. Il dialogue également avec Éric Ciotti et Sarah Knafo, pourtant situés dans des courants différents.
En juillet 2026, il participait d’ailleurs à une conférence avec cette dernière devant des entrepreneurs. Leurs échanges sur la fiscalité, la liberté économique et la réforme de l’État ont montré plusieurs convergences, sans constituer pour autant une alliance.
Cette ouverture est plutôt une qualité. Mais elle interroge sur ses intentions.
Veut-il réellement devenir président de la République ? Ou souhaite-t-il surtout faire avancer ses idées, quitte à soutenir quelqu’un d’autre ?
Je peux comprendre la volonté de rassembler. Je trouve même qu’elle manque cruellement à une droite qui passe beaucoup de temps à se diviser.
Mais j’aurais du mal à comprendre que David Lisnard, après avoir défendu son projet et commencé à trouver un écho dans l’opinion, finisse par s’effacer au profit d’un candidat que je juge moins convaincant.
Il affirme vouloir aller jusqu’au bout. Rien ne permet donc d’annoncer son retrait.
Reste que son insistance sur une primaire et ses relations avec les autres prétendants rendent cette hypothèse crédible.
David Lisnard possède peut-être davantage d’arguments pour se présenter que certains de ses concurrents. Ce serait dommage qu’il soit finalement le premier à leur laisser la place.
Et si le véritable problème de la droite française n’était pas de manquer de candidats crédibles, mais de ne jamais savoir lequel choisir ?
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